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Lundi 18 août, Sidi Ifni est encore le théâtre de nouvelles émeutes entre les jeunes et force de l’ordre.
Rassemblement ce mercredi 10 septembre à 11h30 devant la direction de la Poste, place Antonin Poncet à Lyon, en soutien à Serge, facteur marseillais
convoqué au conseil de discipline à Paris le même jour pour avoir été un des animateurs pendant la grève des facteurs en mai dernier à Marseille. Il risque la révocation !
Les 3 et 4 novembre 2008 se tiendra à Vichy la troisième Conférence européenne sur l'intégration. Pendant cette période le gouvernement français et le sinistre de l'identité nationale veulent faire adopter un Pacte européen sur l'immigration et l'asile, ceci dans le contexte de la Directive retour adoptée par le Parlement européen. A l'appel d'RESF, une mobilisation est prévue à Vichy pour s'opposer à la politique de l'immigration française et au scandale que représente la tenue de cette conférence dans l'ex capitale de la France collaboratrice.
Ça y est, c'est reparti ! La fièvre footballistique à l'occasion de l'Euro 2008 ? Mais non ! Le Tour de France des junkies-à-pédales ? Vous n'y êtes toujours pas ! La ruée des juilletistes suivie par celle des aoûtiens ? Là, vous frôlez la banquise…
Non, ce qui est reparti, ce sont les grandes manœuvres en vue de désigner… le successeur de Hollande à la tête du PS, qui aura toutes les chances d'être le candidat « socialiste » à la présidentielle de 2012. Les premiers à s'être déclarés, ce sont Ségolène Royale, la Reine des Sleeping Cars (RSC), et Bertrand Delanoë, le Roi du Vélib (RV). Sans doute, y en aura-t-il d'autres pour prendre part à un concours dont le déroulement s'annonce aussi fertile en coups bas et coups de théâtre que le résultat en est prévisible. Car quel-le que soit l'heureu-se élu-e, ce sera bonnet rose et rose bonnet. Ou, plutôt, bonnet jaune et jaune bonnet.
Là, on vous sent perplexe. Pourquoi ce changement de couleur, vous demandez-vous ? Tout simplement parce que, quel que soit celui ou celle qui sera placé-e à la tête du PS, ce sera pour lui faire franchir le dernier stade de la longue et laborieuse mue qu'il a entamée depuis le début des années 1980. En effet, depuis sa renonciation à son programme social-démocrate et, du même coup, à son identité antérieure, le PS est engagée dans une douloureuse et tortueuse crise d'identité dont l'issue, retardée du temps du mitterrandisme et des victoires électorales des années 1980 et 1990, ne saurait être différée plus longtemps à la suite des revers électoraux successifs de ces dernières années. D'ailleurs, ses deux champions en lice l'ont déclaré l'une et l'autre : RSC en expliquant sa défaite de l'an dernier par le fait qu'elle avait menée une campagne trop… à gauche, alors même que cela a été la campagne « socialiste » la plus à droite que l'on ait connu jusqu'alors en France ; RV en publiant récemment un ouvrage dans lequel il se déclare à la fois « socialiste et libéral », selon les proportions bien connues de la recette qui a fait la réputation du pâté d'alouette !
N'en doutons pas. Qui que ce soit qui sera demain à la tête du PS, c'est bien de la liquidation de toute référence, même purement formelle et rhétorique, au « socialisme » dont il ou elle se chargera. Deux graves questions se poseront alors à lui ou à elle. La première portera sur le nouveau nom à donner à la formation dont il assurera la direction. Suggérons-lui de l'appeler Rassemblement pour la Réforme, puisque le sigle RPR est désormais libre de droits dans l'arène politique et que « la réforme » (en fait la contre-réforme néolibérale) est devenue le mot fétiche qui sert de bannière à tous les éléphants du PS aussi bien qu'aux ânes de l'UMP.
Restera la question de la couleur servant de marque distinctive au nouveau parti. Le bleu, l'orange et le vert étant pris, le rose n'étant plus praticable, le rouge autant que le noir étant honnis, on ne voit guère de choix que celui du jaune. Au moins le peuple de gauche sera-t-il alors averti de la nature des gens pour qui il sera convié à voter et du sort qui l'attendra dans ce cas.
A Contre-Courant, juin 2008
Chaque mois, un livre qui a compté dans l'histoire des idées subversives, sélectionné par Matthijs.
Dans 1984, à la confluence du traité politique, de la plus pure anticipation et de la littérature, il raconte la vie d'un personnage dans un monde où les régimes que l'on pourrait qualifier de staliniens ou de totalitaires ont pris le contrôle de l'ensemble de la surface de la planète.
Comme dans Hommage à la Catalogne, Orwell mêle narration et analyse politique pour étayer sa thèse. Aux déboires de Winston contre l'emprise du parti, s'ajoute l'analyse du nouveau monde dont le totalitarisme a accouché : comble de l'horreur, les analyses des opposants au régime (Goldstein) rejoignent celles que font les maîtres du parti de leur domination.
Il faut noter que si Orwell s'inspire clairement de l'URSS sous Staline pour décrire la société d'horreur qui régit l'Angleterre, il décrit avant tout l'idéal-type du totalitarisme, terme qui malheureusement a été galvaudé par les écrivaillons de droite. Celui-ci mérite pourtant une réflexion approfondie. Dans 1984, c'est l'emprise totale de l'État qui se manifeste, celui-ci atomise les individus, détruit tous les liens de solidarité autres que celui qui lie les individus au parti, et de façon encore plus terrifiante, modifie l'histoire à volonté et prétend contrôler la pensée elle-même. Ainsi, dans le ministère de l'amour (celui de la police politique), l'objectif n'est pas de punir mais de susciter l'adhésion la plus totale. On ne vise pas une soumission reptilienne à laquelle il serait encore possible de s'accommoder, mais bien une adhésion totale au projet qu'est le parti : « Notre vision de l'histoire c'est une botte qui piétine un visage inlassablement, et ce pour l'éternité ».
1984 a un intérêt certain si l'on veut comprendre ce qu'a pu être le stalinisme, et de façon générale les totalitarismes, même si nous n'irons pas jusqu'à amalgamer URSS et régime nazi, ce qui serait un non-sens au niveau intellectuel.
Mais 1984 a aussi un intérêt lorsqu'on veut analyser les sociétés capitalistes de nos jours. Bien entendu, la France d'aujourd'hui n'est pas l'Angleterre de 1984 mais il y a des similarités. Avec le développement de l'électronique, l'écoute totale est possible, ainsi un téléphone portable est un outil permettant de tracer et d'espionner qui aurait fait rêver la police de la pensée du roman d'Orwell. La guerre contre le terrorisme se rapproche de l'état de guerre permanent du roman. Celui-ci ne met pas en péril la survie de l'état en lui-même mais permet de faire passer des mesures liberticides tout en légitimant l'état d'urgence. De même, la déclaration d'orthodoxie que constitue dans le monde du travail la lettre de motivation vaut bien les exercices d'hypocrisie de la « double pensée » dans 1984.
En tout cas, ce roman est une œuvre d'anticipation intéressante. La société décrite dans 1984 se rapproche bien évidemment de l'URSS sous Staline mais nous fait aussi penser par certains aspects aux évolutions des sociétés capitalistes, ce qui est bien plus inquiétant.
Matthijs (AL Montpellier)
Pour beaucoup, la science-fiction n'est qu'un sous genre de littérature de gare, sans grand intérêt artistique, où des aventuriers de l'espace se battent avec des pistolets laser, utilisant un jargon technologique incompréhensible en allant de planète en planète, ce qui en soit, ne présente que peu d'intérêt. Il est vrai que qu'une grande partie de la science fiction s'inscrit dans cette lignée, la série Star Trek en est un bon exemple.
Ce n'est pas ce genre de science fiction qui nous intéresse. Pour ce dossier spécial SF, nous allons nous intéresser à l'autre type de science fiction, celui qui a des qualités littéraires et qui pose de vraies questions de société. Eh oui, il y a aussi de la SF dont les qualités n'ont rien a envier à la littérature généraliste, par exemple Dune de Frank Herbert ou l'œuvre de Philip K. Dick dont l'univers tourmenté vaut bien celui de Franz Kafka ou celui de Mishima. On pourrait ranger ce type de SF dans la catégorie « anticipation » plutôt que dans celle du space opera, bien que ces catégories ne soient pas exclusives. Des questions de société sont posées et ont très souvent un caractère politique. Les projections faites sur le futur reflètent avant tout les conceptions que l'auteur se fait de la société contemporaine. Ainsi le scientisme acharné de la SF des années 1950 reflète celui qui impregnait la société américaine de l'époque. De même, le cyberpunk, qui décrit un monde où l'homme est déshumanisé par la technologie et où les multinationales ont pris le pouvoir tant au niveau symbolique que politique, l'État s'étant effacé, traduit bien les évolutions de nos sociétés depuis les années 1980.
Ces pages culture inhabituelles présentent des œuvres offrant une vraie réflexion et une critique sociale radicale. Elles ont pour objectif de faire découvrir un genre trop souvent méprisé.
Matthijs ( AL Montpellier)
Ursula Le Guin : Les DépossédésSi la description d'utopies dans la littérature n'est pas quelque chose de nouveau, peu d'auteurs ont essayé de décrire avec autant de précision ce que pourrait être une société communiste libertaire qu'Ursula Le Guin dans son roman d'anticipation de 1974 Les Dépossédés.
Elle y décrit Annarres, une lune où se sont exilés depuis deux siècles des anarchistes et qui y fondèrent une société entièrement libre : pas de gouvernement, pas d'armée, pas de police, aucune hiérarchie. Les personnes travaillent quand elles veulent et où elles le souhaitent. La nourriture est gratuite, et la plupart des habitants et habitantes d'Anarres dorment dans des dortoirs ou prennent une chambre lorqu'ils ou elles veulent « copuler ». Être en couple est un phénomène rare et relativement mal vu par la communauté.
Ursula Le Guin s'est en fait refusée à décrire une société parfaite et elle pointe un certain nombre de difficultés qui pourraient apparaître dans une société libertaire, notamment le fait que malgré l'absence d'autorité, les gens se conforment en fonction d'une contrainte sociale – le regard des autres. De plus, tout n'est pas rose sur Anarres car il existe une grande pauvreté due au manque de ressources sur cette lune. D'ailleurs, l'auteure évoque rapidement la dépendance économique du peuple d'Anarres avec son ancienne planète capitaliste Urras : Anarres échange des minerais contre des biens de consommation courantes.
Le physicien Shevek va s'y rendre et découvrir avec frayeur la laideur d'une société inégalitaire et tyrannique. Il y a également des passages amusants où il tente de lire un manuel d'économie : « c'était comme écouter quelqu'un faire le récit interminable d'un long rêve stupide […] toutes les opérations du capitalisme lui paraissaient aussi dépourvues de sens que les rites d'une religion primitive, aussi barbares, aussi élaborées et aussi inutiles. »
Alors que les autres universitaires ne lui font voir que faste et grandeur, il réussira à se rendre dans la ville basse pour découvrir un prolétariat exploité, lieu où toute contestation est sauvagement réprimée par la police. Il comprendra aussi à quel point, les hommes et les femmes dissidents qui acceptèrent il y a deux siècles le compromis de s'exiler sur Anarres, furent lâches d'abandonner le peuple d'Urras à son sort. Les dépossédés est donc une œuvre salutaire pour penser maintenant sur l'après.
Mathieu (Cal Paris-sud)
Ces hommes dans la jungle de Norman Spinrad, est un peu l'Apocalypse Now de la SF. Comme souvent chez Spinrad, on est littéralement aspiré par l'histoire dès les premières lignes. Et ça va à cent à l'heure.
Bart Fraden est un dictateur, le pacha de la ceinture d'astéroïdes. Mais il sent que les grandes puissances qui l'ont installé au pouvoir, semi-fantoche, risquent de vouloir sous peu se passer de ses services. Alors, il choisit la fuite. Il ne part pas seul. À ses cotés, sa compagne, seule personne avec qui il entretient une relation égalitaire et surtout de confiance et… son lieutenant, un bonhomme assez sinistre. Sans compter la cargaison du vaisseau spatial : plusieurs tonnes des drogues les plus fortes que l'humanité ait inventé… Comme monnaie universelle, on a du mal a trouver mieux.
Et les voici en train de rechercher une planète où effectuer un coup d'état, une révolution de palais, histoire de revenir aux affaires. Leur choix : Sangre. Cible idéale, population essentiellement rurale, écrasée par une classe dominante de fanatiques qui révèrent Pol Pot et Adolf Hitler… Les conditions objectives ont tout l'air d'être réunies.
Ensuite, tout s'enchaine. La révolution n'est pas, finalement, un diner de gala, et une question récurrente chez Spinrad pointe son nez : peut-on prendre le pouvoir sans perdre de son humanité ? Instrumentalisation des masses, fascination de la violence, tout y passe, dans cette satyre au napalm, dont on a des chances de ne pas sortir indemne…
Nico (AL Montpellier)
Tout commence par une partie de pêche entre copains. Sur une planète isolée. Les deux amis qui ont décidé de prendre une année sabbatique parcourent tout l'espace à la recherche de drogues diverses et de coins sympa pour aller pêcher. Sur l'un de ces mondes paradisiaques Lupus et Tony rencontrent une jolie fille – Sanaa – et les ennuis commencent. Non pas que l'auteur soit misogyne mais plutôt parce que le père de la jeune femme est l'un de ces grands propriétaires qui possèdent une milice privée. Brève altercation. Ils doivent fuir. Car même dans le futur le monde est toujours soumis au contrôle des nantis qui traquent sans cesse les individus qui tentent de vivre en dehors du système imposé. Dans leur fuite ils se retrouvent dans une communauté de vieux anarchistes qui ont refusé la débauche technologique, mais aussi à converser avec un robot infirmière sur la condition humaine, ou encore dans une station spatiale abandonnée.
D'utopies perdues en cheminements intérieurs, Lupus est l'histoire de trois personnes qui luttent pour (sur)vivre dans un monde dur, étrangement proche du notre.
Avec un trait noir aux courbes élégantes, Peeters parle simplement de la vie, sans tabou ni pudeur particulière. Il rythme son récit en quatre parties pour laisser le temps au lecteur de s'approprier l'univers, de laisser s'écouler un peu de temps – denrée devenue si précieuse – seulement pour le plaisir. Et puis l'étiquette « SF », les vaisseaux spatiaux, la drogue, les armes, les robots, les monstres ne sont que de très bons prétextes pour une bonne histoire. Tant pour l'auteur que pour le lecteur. En définitive Lupus est un vrai livre de science fiction qui sait montrer les doutes, les réflexions et les actes de deux hommes et une femme face à la vie, la société ; à la place du folklore pseudo altruiste et les sempiternelles grandes avancées de l'humanité qui tartinent généralement les livres un peu creux du genre.
Thomas (ami d' AL Aix )
Jack Barron, c'est cent millions de téléspectateurs : il dénonce, il provoque, il s'attaque aux puissants. Mais la vérité n'est qu'un moyen de faire de l'audimat et s'il s'agit d'aller trop loin, c'est toujours dans les limites de la raison médiatique.
Barron le sait, lui l'ex-communiste devenu cynique et ayant rejeté sa révolution pour le pragmatisme confortable de la dénonciation en direct. Mais quand l'animateur s'attaque à Benedict Howards, patron de la « Fondation pour l'immortalité humaine », l'hibernation pour cinquante mille dollars - en attendant le secret de la vie éternelle - les deux hommes s'affrontent par écran interposé et Barron, pris entre son passé idéaliste, son présent désabusé et la promesse d'un futur éternel, doit se demander quel est son prix.
Soixante-neuf : une génération se demande si sa révolution est encore possible, la mort de Martin Luther King, l'élection de Nixon semblent mettre un terme à une époque. Jack Barron est un roman presque aussi désabusé que son « héros » : le dire-vrai médiatique se maintient lui-même dans l'impuissance, la politique étatique est une affaire d'argent.
Spinrad ne se contente pas d'une analyse simpliste. Ainsi, la question du racisme ne se réduit pas au délire d'Howards, ce n'est qu'une sous-détermination du capitalisme. On pourra juste reprocher à Spinrad un certain idéalisme de la vérité, l'idée que le dévoilement renverse le secret du pouvoir et qu'un homme seul, malgré et grâce aux médias, peut mettre à mal le système.
Reste que l'enjeu, les rapports de la politique avec la vie, explique cette démesure : avec le thème de l'immortalité, Spinrad fait la métaphore d'une question contemporaine, celle d'une politique qui peut faire vivre et laisser mourir.
Jack Barron est un ouvrage majeur de la science-fiction. Sens du dialogue, confrontation de la métaphysique et de l'argot, érotisme, construction et narration virtuoses, notamment dans les séquences de débat télé, rythmées par les coupures pubs : le livre de Spinrad vaut, par-delà sa thématique, pour son seul style. La radicalité de la métaphore n'est que renforcée par le réalisme de l'action, de la critique sociale et des rapports interindividuels - et inversement.
Pierre-Joseph Bronstein (Paris)
Le jeune capitaliste bostonien, Julian West, souffrant d'insomnies s'endort après une séance d'hypnose un soir à la fin du XIXe siècle. Par un concours de circonstances, il se réveille cent treize ans plus tard dans un monde complètement différent.
Le capitalisme fait désormais partie de l'histoire et de nombreuses nations au monde ont vu l'avènement de sociétés socialistes où règnent la coopération, l'équité et la justice économique…
En discutant avec son hôte, le docteur Leete, et sa famille, Julian West va appréhender le fonctionnement économique de cette société utopique : l'économie de marché a été remplacé par un système de planification, la société donne à toute personne les moyens de se réaliser dans un travail épanouissant tout en gérant de manière juste la répartition des tâches ingrates…
C'était demain est un des très grands classiques de la littérature d'anticipation anglo-saxonne. Écrit par Edward Bellamy au début du XXe siècle, il a eu une influence considérable à son époque sur nombre de penseurs et militantes. Le célèbre philosophe, John Dewey, avouait même le considérer comme le second ouvrage le plus influent, juste derrière Le Capital. Et encore de nos jours, les tenants de l'économie participaliste [1] s'inspirent de certaines des idées de Bellamy.
En effet, c'est autant un ouvrage théorique d'économie politique qu'un roman d'anticipation. L'essentiel du récit étant sous forme de dialogues et Bellamy ayant un talent certain pour décrire de manière vibrante les horreurs de l'économie de marché et exposer des solutions, la forme vient largement contribuer à rendre le fond intéressant et stimulant. La courte préface critique de Normand Baillargeon et de Chantal Santerre constitue une vraie valeur ajoutée permettant de re-situer l'œuvre dans son époque mais permettant aussi de souligner certains problèmes du texte : un certain nationalisme et autoritarisme avec une absence de critique de l'État centralisateur, la vision des femmes largement influencé par le féminisme domestique du XIXe…
Néanmoins, cet ouvrage, traduit en français 120 ans après sa parution en anglais, a peu vieilli sur de nombreux points et arrive à point nommé dans cette période de vaches maigrse en termes d'utopie et de projet un tant soit peu cohérent d'une société future.
Rémi (AL Paris-Sud)
[1] Voir l'interview de Michael Albert, « L'économie participaliste promeut la solidarité » dans Alternative libertaire de décembre 2006
L'année 1906 avait été une année de « grande peur » pour la République bourgeoise, déstabilisée par la montée des luttes sociales aiguillonnées par une CGT acquise au syndicalisme révolutionnaire. Le coup de grisou du 10 mars dans les mines de Courrières (Pas-de-Calais) et ses 1 100 victimes avait entraîné une violente grève dans les « pays noirs ». La tentative de grève générale lancée le 1er mai pour les huit heures de travail par jour, avait vu des barricades érigées dans Paris.
Le spectre de la Commune de Paris revenait souffler dans le cou d'une bourgeoisie qui réclama des « mesures énergiques » pour museler une CGT avec laquelle les différents gouvernements s'étaient jusque là montrés bien trop conciliants. Pour relever le défi, il fallait un homme à poigne aux commandes de l'État. Cet homme, ce fut Georges Clemenceau.
Clemenceau, député républicain bon teint, avait longtemps été classé à gauche. Entre 1898 et 1902, il avait été un des principaux ténors du camp dreyfusard, et y avait côtoyé de nombreux syndicalistes, socialistes et anarchistes. En mars 1906, à 65 ans, il accédait à son premier poste ministériel : l'Intérieur. Il y fit preuve d'une fermeté, face à l'agitation ouvrière qui le désignait pour devenir, dès le mois d'octobre, chef du gouvernement.
Par la suite il ne faillit pas à sa réputation naissante – c'est de cette époque que la presse, fascinée par le personnage, le surnomma le Tigre – et envoya la troupe contre les vignerons révoltés dans le Languedoc au printemps 1907, puis contre les ouvriers en grève à Raon-l'Étape, dans les Vosges. La soldatesque fit feu sur la foule : deux morts. Il était désormais clair que le bras de fer était engagé entre la CGT et le « réacteux » Clemenceau [1]. L'été 1908 allait voir le sommet de leur affrontement… et la défaite de la CGT.
Lutte des classes aux sablièresDans les sablières de Seine-et-Oise, à Draveil, Villeneuve-Saint-Georges et Villeneuve-le-Roi, à 25 kilomètres de la capitale, des centaines d'ouvriers carriers, souvent immigrés de province ou d'Italie, travaillent douze heures par jour les pieds dans l'eau, à la pelle et à la pioche. Un syndicat affilié à la CGT y a été fondé en janvier 1908. Le 2 mai, une grève éclate, dont les revendications, portant sur les salaires, les horaires et les conditions de travail, sont des plus classiques. Mais le conflit prend un tour nouveau, avec la constitution, le 18 mai, d'un syndicat patronal refusant d'ouvrir des négociations et visant explicitement à l'anéantissement du syndicat ouvrier. L'enjeu – la reconnaissance du syndicat CGT – devient alors plus politique. Bientôt les « chefs syndicalistes » de Paris viennent tenir des discours enflammés à Draveil. Et le puissant syndicat des terrassiers parisiens propose d'apporter son aide au jeune syndicat des carriers dans la conduite de la grève.
Grève animée s'il en est, avec la décision du patronat, le 21 mai, d'avoir recours à des « renards » [2] pour remplacer les grévistes. Ces derniers font alors marcher la « machine à bosseler ». D'autant que les ouvriers ne sont protégés par aucun contrat de travail. Il s'agit pour eux de défendre le droit de grève mais aussi, très prosaïquement, leur emploi.
On tue salle Ranque !C'est suite à une « chasse aux renards » que le mouvement des carriers de Draveil prend un tour décisif, qui va avoir des répercussions nationales sur la CGT et ses dirigeants.
Le 2 juin, c'est la journée fatale. Au matin, deux gendarmes escortant des tombereaux de sable manœuvrés par des « renards », subissent une attaque en règle de 200 grévistes. Un gendarme blessé croit reconnaître l'après-midi un de ses assaillant pénétrant dans la salle Ranque, lieu de réunion des grévistes. Bientôt 15 gendarmes se dirigent sur la salle. Ne pouvant entrer, ils font feu. Après la fusillade on relèvera le corps de Pierre Le Foll, 48 ans, tué d'une balle en plein cœur, et d'Émile Gieobelina, 17 ans, mortellement touché à la tête. On compte également 9 blessés.
Dans la nuit du 2 au 3 juin, la CGT couvre Paris d'une affiche à l'accroche sans équivoque : « Gouvernement d'assassins ! ». « À qui incombe la responsabilité de ce nouveau crime ? » demande-t-elle en conclusion : « Nous l'avons dit : au gouvernement – au trio Clemenceau-Briand-Viviani [3]. CLEMENCEAU LE TUEUR osera prétendre que les ouvriers ont provoqué. Il suffit de voir où sont les victimes pour constater que ce criminel joint à la scélératesse l'impudence du mensonge… » [4]. Suite à une telle mise en accusation, quelle pouvait-être la stratégie de la CGT ?
Le syndicalisme révolutionnaire à l'épreuveC'est une chose d'attaquer verbalement le gouvernement. C'en est une autre de bâtir un rapport de forces face à un ennemi aussi déterminé que Clemenceau. Le brillant secrétaire général de la CGT, Victor Griffuelhes, le sait parfaitement. Cela fait longtemps qu'il montre des signes d'agacement à l'encontre de certains militants qu'il qualifie de « braillards », ivres de radicalisme verbal et qui, tous les quatre matins, appellent à la grève générale sans se soucier ni du contexte ni de stratégie.
Le braillard en chef, c'est Gustave Hervé, de l'hebdomadaire La Guerre sociale [5], qui tient une ligne qu'on qualifierait aujourd'hui de gauchiste, regrettant au lendemain de la fusillade de la salle Ranque qu'il n'y ait eu « dans cette foule de plusieurs centaines de grévistes, pas un revolver ! ». Un gauchisme qui influence une frange de la CGT dont Ricordeau, du syndicat des terrassiers parisiens, et Métivier, du syndicat des biscuitiers-pain d'épice, tous deux très actifs dans le soutien à la grève des carriers.
À ce « romantisme révolutionnaire », Griffuelhes oppose l'action syndicale reposant sur la grève, « gymnastique révolutionnaire » certes, mais qui ne doit pas perdre de vue que « c'est à une méconnaissance des exigences de la grève que sont dues les défaites » [6].
Tergiversations syndicalesÀ la veille du 2 juin, alors que le conflit dure depuis un mois déjà, Ribault, secrétaire du syndicat des carriers de Draveil, pense que les négociations peuvent aboutir, même si Ricordeau, des terrassiers parisiens, pousse à la poursuite du conflit coûte que coûte. Passée la fusillade, la tension est à son comble. Le 6 juin, dans un meeting parisien, les ouvriers du Bâtiment CGT acclament le mot d'ordre de grève générale.
Mais le secrétariat confédéral de la CGT ne le sent pas. Après l'expérience mitigée du 1er mai 1906, il pense qu'au-delà du Bâtiment, très radical, les autres fédérations ne s'engageront pas à la légère. Il se prononce pour une grève générale de vingt-quatre heures, soigneusement préparée. Quant au secrétariat de la fédération du Bâtiment, il botte en touche : il attendra le débat parlementaire du 11 juin, espérant un mea-culpa gouvernemental. Erreur tactique : c'est remettre entre les mains de Clemenceau la suite de la lutte. Celui-ci saisit l'opportunité et, dans l'Hémicycle, met en accusation les syndicats ouvriers. Dès lors, la CGT est condamnée, pour ne pas se dédire, à appeler à une grève générale limitée au Bâtiment… à la prochaine provocation gouvernementale !
Pendant ce temps, à Draveil, tandis qu'une partie des ouvriers reprend le travail – les patrons ayant satisfait leurs exigences –, la grève se poursuit, alourdie d'une mésentente croissante entre le syndicat des carriers et celui des terrassiers parisiens. Le jusqu'au-boutisme de Ricordeau, qui a pourtant la sympathie de nombreux grévistes, commence à peser aux syndicalistes carriers. Qui doit conduire la grève, nom de nom ?
Du côté des patrons, le ton se durcit. Le lock-out est annoncé contre les ouvriers toujours en grève. Un meeting de protestation réunit 10 000 terrassiers dans la salle parisienne du Tivoli-Vaux-Hall. Durant le mois de juillet, les altercations entre grévistes, gendarmes et « renards » se multiplient. Le 27 juillet, Ricordeau et Métivier [lire l'encadré] sont arrêtés suite à une échauffourée. Dès lors, le processus de grève générale promis par la fédération du Bâtiment est enclenché. Le 30 juillet, une manifestation est appelée à Draveil.
Barricades à Villeneuve-Saint-GeorgesLe jour dit, quelque 5 000 manifestantes et manifestants convergent vers Draveil. À pied ou en train, « la classe ouvrière, meurtrie dans quelques-uns des siens, agitée par une indignation ardente, éprouvait le besoin de manifester sa colère et de crier sa protestation » écrit Griffuelhes, qui est du voyage, dans un article publié en première page du Matin du 30 juillet 1908.
La salle Ranque étant trop petite, le meeting se tient en plein air. Les dragons [7] rôdent alentour et les premières altercations ont lieu. Côté grévistes, le « camarade Browning » [8] semble être de la partie. Les manifestantes et les manifestants décident de se rendre en procession sur la tombe de Gieobelina, au cimetière de Villeneuve-Saint-Georges, distant de 6 kilomètres. Arrivés à proximité de la gare, le cortège est encerclé par les dragons.
Sentant le piège se refermer, on dresse cinq barricades. Les dragons lancent l'assaut. Raymond Péricat, secrétaire de la fédération du Bâtiment qui tente de négocier voit un camarade qui se tenait à ses côtés tué d'une balle en pleine tête. La journée se solde par un lourd bilan : 4 morts et 200 blessés parmi les manifestants qui n'ont pas fait moins de 69 blessés dans les forces de l'ordre dont 5 par balles.
Le lendemain, le gouvernement annonce qu'il va poursuivre les « responsables moraux » de la manifestation de Villeneuve-Saint-Georges : la CGT et ses dirigeants sont explicitement visés. Le comité confédéral se réunit 33, rue de la Grange-aux-Belles et programme, sans trop y croire, une grève générale de vingt-quatre heures le 3 août. Les personnalités les plus en vue de la CGT, Pouget, Griffuelhes, Yvetot, Bousquet, sont mises sous les verrous. Les trois secrétaires de la fédération du Bâtiment sont réfugiés à Bruxelles. Le responsable de l'imprimerie confédérale, Pierre Monatte, se cache en Suisse. Quant à Henri Dret, secrétaire de la fédération des Cuirs et Peaux, il est mis aux arrêts à l'hôpital où, blessé par balle, il a été amputé d'un bras. La CGT est décapitée. En-dehors du Bâtiment, la grève générale du 3 août est peu suivie : c'est un succès sur toute la ligne pour Clemenceau.
La « crise syndicaliste » éclateLa CGT se relèvera de ce cuisant échec… mais le syndicalisme révolutionnaire ?
A posteriori Draveil et Villeneuve-Saint-Georges seront souvent analysés comme l'« heure de vérité » de la stratégie syndicaliste d'action directe. Après Villeneuve, le Parti socialiste-SFIO, avec sa ligne pacifique et parlementariste, verra monter son étoile au détriment de la CGT.
Dans les mois qui suivront, la fraction réformiste de la CGT, en lien avec le gouvernement, profitera de l'incarcération des leaders révolutionnaires de la CGT pour intriguer contre eux, installant dans la confédération un climat détestable qui aboutira à la démission de Griffuelhes et Pouget début 1909. La génération des bâtisseurs mise sur la touche, le courant syndicaliste révolutionnaire, qui avait présidé à l'ascension de la CGT, entrera alors dans une crise durable : crise de perspectives, crise de l'idée grève-généraliste, crise de confiance dans l'action des masses, crise de confiance en lui-même. Ce qu'on appellera par la suite la « crise syndicaliste » pouvait-elle n'être que passagère, et être surmontée comme le pensait encore Pierre Monatte cinquante ans plus tard [9] ? Le brusque orage de l'été 1914 devait bouleverser tous les pronostics.
Théo Rival (AL Vendôme)
Maître et serviteurClemenceau ministre de l'Intérieur, a toujours montré un goût certain pour la machination policière. En juillet 1911, La Guerre Sociale annonce que Métivier, qui a joué un rôle en 1908, émargeait aux Renseignements généraux et transmettait le contenu des réunions du comité confédéral à la police. Métivier avoue. Peu après, Clemenceau reconnaît l'avoir reçu en privé le 20 mai 1908.
Mais le mouchard a-t-il également joué un rôle de provocateur ? Son pire forfait est de s'être fait arrêter avec Ricordeau le 27 juillet, entraînant la manifestation émaillée de violences qui aboutit à l'arrestation du bureau de la CGT. Ricordeau, lui aussi arrêté et un temps soupçonné à tort de duplicité, n'est finalement coupable que d'avoir professé un « grève-généralisme vulgaire » et d'avoir le sang chaud.
En tout état de cause, l'action syndicale étant publique, seul le rapport de forces et les stratégies syndicales face à la détermination du pouvoir auront compté dans cette affaire.
RepèresTrois mois de grève aux sablières
2 mai : début de la grève dans les sablières de Seine-et-Oise.
18 mai : 26 patrons créent un syndicat patronal pour tenir tête aux grévistes.
21 mai : les patrons tentent de briser la grève en usant de « renards ».
fin mai-début juin : sur fond de « chasse au renards », la solidarité s'organise avec la mise en place de « soupes communistes » pour les grévistes.
2 juin : fusillade de la salle Ranque à Draveil : 2 morts et 9 blessés. Dans la nuit du 2 au 3 juin, la CGT fait placarder son affiche « Gouvernement d'assassins ! ».
11 juin : Clemenceau, interpellé à l'Assemblée, met en cause les syndicats.
19 juin : le sous-préfet de Corbeil organise des négociations qui échouent du fait de l'intransigeance patronale.
22 juillet : les gendarmes assassins de la salle Ranque sont innocentés.
27 juillet : arrestation de Ricordeau et Métivier.
30 juillet : grève générale du Bâtiment, manifestation et barricades à Villeneuve-Saint-Georges : 4 morts et 200 blessés parmi les manifestants.
31 juillet : un mandat d'arrêt est délivré contre les dirigeants de la CGT.
3 août : grève générale ratée.
8 août : reprise du travail aux sablières après un accord signé le 4, bien en deçà des revendications initiales.
[1] Synonyme à l'époque de « réactionnaire ».
[2] À l'époque on dit « renard » plutôt que « jaune » pour désigner les briseurs de grève.
[3] Mentionner Briand et Viviani, respectivement ministres de l'Instruction publique et du Travail, comme coresponsables, n'est pas un choix innocent de la part des syndicalistes révolutionnaires. Ces deux socialistes ont viré à droite dès lors qu'ils sont entrés au gouvernement.
[4] Cité in Jacques Julliard, Clemenceau, briseur de grève, Julliard éditeur, 1965.
[5] Lire à ce sujet La Guerre Sociale, un journal « contre », Les Nuits rouges, 1999.
[6] In Victor Griffuelhes, Le Syndicalisme révolutionnaire, 1909.
[7] Corps équestre de gendarmerie.
[8] C'est ainsi que la Guerre sociale appelait couramment le pistolet Browning M1903.
[9] Pierre Monatte, « Souvenirs sur la Vie ouvrière », in La Révolution prolétarienne, octobre, novembre, décembre 1959 et janvier 1960.
En 2005, le Non au référendum français sur le traité constitutionnel européen avait été clairement identifié comme un Non social, tant les souverainistes ont été inaudibles face à la forte mobilisation des antilibéraux et des anticapitalistes. Dans le cas irlandais de 2008, la pluralité des oppositions contre le traité de Lisbonne rend l'analyse plus complexe.
Une chose est sûre néanmoins, ce référendum marque le divorce entre « la société civile » et son élite politique. Dans le camp du Oui, on retrouve comme il y a trois ans en France, les principaux partis de gouvernement : le Fianna Fail – parti de centre droit, actuellement au pouvoir – le Fine Gael, autre parti de centre droit, et la social-démocratie (Labour).
Dans le camp du non, on pouvait dégager trois grands courants. Les deux premiers nous sont familiers : d'une part les souverainistes, nationalistes et catholiques, hostiles à l'Union européenne (UE) pour des raisons identitaires [1] ; d'autre part la gauche antilibérale et l'extrême gauche, en défense des intérêts des classes populaires. Le troisième courant est plus typiquement britannique, c'est celui des atlantistes, qui souhaitent privilégier l'alliance avec les États-Unis plutôt qu'avec l'Union européenne. Ce courant est surtout piloté depuis les milieux d'affaires et nous rappelle au passage qu'il existe parfois des contradictions stratégiques au sein du patronat européen, en fonction des intérêts commerciaux en jeu. Si les capitalistes français, allemands ou italiens misent tout sur l'UE, d'autres (dans les pays de l'Est ou anglo-saxons) peuvent avoir d'autres préférences.
Les quartiers chics votent ouiLes communistes libertaires du Workers Solidarity Movement (WSM, Mouvement de solidarité des travailleurs) n'ont pas pris prétexte d'une situation complexe pour se cantonner à une posture de commentateurs. Ils et elles se sont engagées contre le traité de Lisbonne tout en dénonçant les motivations douteuses de certains « nonistes », comme Libertas, un lobby fondé par des industriels liés à l'armée américaine. WSM a ainsi distribué plus de 50 000 tracts et collé plus de 2 000 affiches pour faire entendre une alternative communiste libertaire à l'Europe du capital. À l'inverse de ce qui s'était passé en France où la seule organisation libertaire mobilisée contre le Traité constitutionnel était AL, en 2008 la campagne pour le Non a rassemblé l'ensemble du mouvement libertaire irlandais.
La sociologie du scrutin peut cependant nous éclairer sur le sens du Non. Il a été très majoritaire dans les zones rurales et les banlieues ouvrières, alors que les quartiers chics du sud de Dublin ont voté à 60 % Oui ! Les classes moyennes, sur lesquelles comptaient le pouvoir, n'ont quant à elles que très peu pris part au vote, accentuant encore le clivage de classe entre les pro et les anti-Lisbonne.
La victoire du Non au référendum sur le traité de Lisbonne peut donc faire figure de victoire du mouvement social irlandais et européen qui, à nouveau, fait barrage à la construction d'une Europe libérale. Elle reflète aussi un certain désenchantement des classes populaires vis-à-vis du régime politique et économique que représentent les partis du « oui ».
Matthias (AL Orléans)
[1] L'Église catholique a brandi la menace que l'adhésion à Lisbonne risque d'entraîner une légalisation de l'avortement.
Cette année, l'île d'Hokkaidô accueille le sommet du G8 et un contre-sommet altermondialiste qui porte, entre autres, sur le refus de l'homogénéisation culturelle. En effet Hokkaidô était jadis habitée par une population non japonaise, les Aïnous, possédant ses propres langue, religion et culture. Japonisé-e-s de force à l'ère Meiji (1868-1912), les 50 000 Aïnous qui subsistent souffrent de discriminations continues et d'un taux de pauvreté et de chômage supérieurs à la moyenne.
Le contre-sommet risque pourtant d'avoir une audience relativement limitée. Le mouvement social japonais, assez faible, ne peut guère espérer recevoir le renfort d'une foule de militantes et de militants étrangers, dans un archipel auquel l'accès est particulièrement onéreux. Le contexte socio-économique est pourtant propice à l'apparition de résistances. Depuis l'arrivée au pouvoir du Premier ministre Koizumi Junichiro en 2001, le processus de mise aux normes néolibérales s'est accéléré, reposant sur la privatisation d'une partie des universités, des autoroutes mais surtout, en 2005, de la Poste, qui constitue la plus grande réserve d'épargne au monde. Suite à l'explosion de la bulle financière au début des années 1990, le modèle social basé sur l'emploi à vie s'est fissuré et désormais la précarité touche un tiers de la population active, soit 13 millions de personnes.
Mais au lieu de la contestation sociale, c'est le nationalisme qui a connu un retour en grâce. L'État a mené une réforme pédagogique encourageant le patriotisme dans les écoles, tandis que l'article 9 de la Constitution qui empêche le Japon de posséder officiellement un potentiel de guerre, est en passe d'être révisé.
Attac au centre du jeuHuit ans après le G8 d'Okinawa, le mouvement contestataire est structuré principalement par Attac et par certains syndicats de précaires comme le tout récent Freeter Union [1], qui agit en-dehors de la confédération syndicale traditionnelle. Il faudra également compter avec la mouvance des ONG du type écolo-pacifiste et pique-niques-citoyens. Politiquement, c'est incontestablement le Parti communiste qui structure le plus l'opposition au néolibéralisme, le mouvement anarchiste étant à l'heure actuelle éteint dans l'archipel.
Diverses manifestations se sont tenues fin juin à Tokyo, avant de se déplacer à Sapporo, la principale ville d'Hokkaidô, où se tient du 1er au 4 juillet un Sommet des peuples indigènes. Puis, du 6 au 9 juillet les altermondialistes organisent un camp autogéré près du lac Toya, non loin du G8.
Le principal problème des militantes et des militants japonais est sans doute leur impuissance à articuler les luttes. L'économiste Ogura Toshimaru, un ancien de 1968, estime ainsi que « les problèmes que nous rencontrons aujourd'hui sont communs aux mouvements sociaux d'après-guerre et au syndicalisme. Il y a eu de nombreux mouvements combattant un problème mais nous avons été incapables de construire un puissant mouvement social. […] De plus, les syndicats n'ont pas su se repositionner et répondre de manière adéquate à la situation du marché du travail. Par exemple, ils ne se sont guère occupés du problème des freeta (travailleurs précaires). » [2] Toshimaru pense ainsi que « le principal enjeu pour le mouvement altermondialiste au Japon est d'articuler la logique économique avec celle de la guerre et d'analyser les liens étroits entre les multinationales japonaises et le gouvernement ».
François et Mathieu (AL Paris-Sud)
[1] www.freeter-union.org. Freeter est un terme japonais désignant une ou un jeune travailleur précaire.
[2] Jennifer Chan, Another Japan is possible, Stanford Univ. Press, 2008.
Les journées de France ? Quelque chose était sorti dans El Tiempo. Les militantes et les militants de gauche assuraient qu'ici ce mouvement ébranlait à peine de petits cercles d'intellectuels. En fait, le Mai français, avec des similitudes et des différences, sera en Colombie le mouvement étudiant de 1971. […]
Si en Colombie, à ce moment-là, le Mai français avait très peu été ressenti, tout du moins dans ses effets politiques immédiats et directs, cela s'explique par le bouleversement qu'on vivait ici.
À cette époque, trois groupes de guérilleros étaient déjà en lutte, avec une audience dans certains secteurs, et le sacrifice de Camilo Torres [1] inspirait les jeunes révolutionnaires. L'influence de la Havane faisait rayonner l'idée de lutte armée, Moscou était généreux avec quiconque l'aidait dans sa querelle avec Washington pour le contrôle de la planète, et Régis Debray, un Français plus influent en Amérique latine que tous les Parisiens des journées de Mai, publiait Révolution dans la révolution, livre dans lequel, en interprétant de travers ce qui s'était passé à Cuba, il plantait la théorie du foco [foyer] révolutionnaire, spéculation selon laquelle il suffisait d'un petit groupe armé vaillant pour soulever l'ensemble de la population.
Il était alors bien difficile de défendre, au sein de la gauche colombienne, l'idée que la lutte armée gênait en réalité l'objectif de transformer la société colombienne dans son ensemble. Les masses se mobiliseraient pour une transformation démocratique car elles subissaient le Front national, cette espèce de dictature constitutionnelle, qui nourrissait la corruption et qui privait de droits politiques ceux qui ne militaient pas dans les deux partis responsables du retard et de la pauvreté nationale.
C'est dans cette ambiance que survint le mouvement étudiant de 1971, qui ressembla le plus en Colombie aux journées françaises de Mai, dont les influences commençaient à mieux se faire sentir. À la fin de cette année et au début de 1972, les étudiantes et les étudiants livrèrent la lutte la plus massive et longue de leur histoire. Cela s'expliquent en partie par la claire volonté de défendre la souveraineté et la démocratie, mises en danger par le plan éducatif de Rudolph Atcon, défini depuis Washington pour le gouvernement et contre les étudiants et professeurs des universités publiques. À l'ordre du jour il y eut aussi d'autres mots d'ordres comme l'autonomie de l'Université, la réussite de l'éducation publique, universelle et gratuite, au même plan que l'impérieuse nécessité de porter un développement scientifique qui puisse donner des bases au pays et à son peuple.
Comme on le vit dans le monde entier, les influences du Mai français étaient toujours présentes en Colombie en 1971.
Jorge Enrique Robledo
* Article paru dans Cambio en mai 2008. Traduction par Valentin Frémonti (AL Aix).
[1] 1. Camilo Torres (1929-1966), figure mythique de l'extrême gauche colombienne. Curé proche de la Théologie de la libération, il intègre en 1966 la guérilla marxiste de l'Armée de libération nationale (ELN) et est tué lors d'une attaque.
Le 16 juin, Alternative libertaire organisait une rencontre-débat à Paris avec Olga, une camarade de l'organisation communiste libertaire russe Action autonome (Avtonomnoe Deistvie, AD). Un mois auparavant, à l'initiative du réseau No Pasaran, des antifascistes russes effectuait une tournée dans plusieurs villes de France. Ils étaient le 8 mai à Angers au local associatif et autogéré l'Étincelle. Ce fut l'occasion d'échanger avec ces camarades qui vivent au quotidien la brutalité d'un État autoritaire et les violences des fascistes.
Les militants d'AD agissent dans un contexte politique très difficile : paupérisation, répression policière, absence de droits politiques minimum, quasi interdiction des grèves, syndicalisme issu du système soviétique très peu combatif et qui se consacre essentiellement à fournir des services à ses adhérents (centre de vacances etc.). De surcroît, une frange de l'opposition « démocratique » au régime de Poutine-Medvedev est constitué de partisans du libéralisme économique, avec lesquels les anticapitalistes ne souhaitent passer aucune alliance.
Néanmoins, AD est présente sur de nombreux fronts de lutte. Cette jeune organisation – née en 2001 et présente dans une trentaine de villes de Russie et de Biélorussie – est investie dans les luttes étudiantes, féministes, lesbiennes et homosexuelles, écologiques, dans le mouvement antiguerre et le soutien aux déserteurs, dans la campagne contre les Jeux olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi, sur la Mer Noire. Ils mènent en outre une activité de propagande intense avec plusieurs publications et un site web, www.avtonom.org, très dynamique.
Au sein de l'extrême gauche, AD se distingue par sa capacité de mobilisation, puisqu'elle parvient à rassembler, pour certaines occasions, plusieurs centaines de personnes dans les rues de Moscou et de Saint-Petersbourg. Le droit de manifester est, pour les révolutionnaires, quasiment inexistant en Russie. Il s'agit d'un véritable défi au pouvoir que de défiler près de trente minutes sous des drapeaux rouges et noirs, puis de se disperser furtivement avant l'intervention massive des forces anti-émeutes. Ainsi, à Moscou le 1er mai dernier, c'est en « s'infiltrant » dans le cortège du très vieillissant Parti communiste de Russie, et en déployant leurs couleurs au dernier moment que les camarades ont pu s'imposer dans la rue.
Danger mortelMais l'antifascisme est bien le principal terrain d'intervention d'AD, en lien avec la contre-culture alternative (punk, redskin), vecteur de contestation très fort dans la jeunesse. En Russie, s'afficher avec un look punk ou des insignes antifascistes n'est pas anodin : c'est risquer au quotidien de se faire agresser violemment par la police, les « jeunesses poutiniennes », ou des groupes fascistes.
En Russie, les antifascistes risquent leur vie dans la rue ; les attaques des groupes d'extrême droite contre les étrangers et celles et ceux qui s'opposent à eux sont quotidiennes, et souvent mortelles. De véritables ratonnades sont organisées à l'encontre des immigré-e-s, en particuluer lorsqu'ils sont de type caucasien ou asiatique. Il n'existe pas de véritables données statistiques, mais on estime qu'entre janvier et avril 2008, 211 agressions racistes ont eu lieu, dont 53 assassinats. Le ton est donné. Les antifascistes sont menacés, dans la rue mais aussi durant leurs actions (concerts, manifestations) qui sont régulièrement attaquées. La résistance s'organise : de plus en plus de jeunes prennent part au mouvement antifasciste et antiraciste. L'antifascisme radical tend même à se développer, au vu de l'inefficacité de l'antifascisme « citoyenniste ».
Clément (AL Paris-Sud) et Guillermo (AL Angers)
• Pour soutenir financièrement les antifascistes russes il faut contacter (en anglais) l'Anarchist Black Cross de Moscou (abc-msk@riseup.net)
Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible par Jacques Dubart.
Dans sa Contribution à la critique de l'économie politique (1859), Marx écrivait : « ce n'est pas la conscience des hommes qui déterminent leur être, c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience ». La phrase est fameuse, et incontestable. Mais on gagne à la compléter avec Bakounine quand il rappelle que « la disposition révolutionnaire dans les masses ouvrières […] ne dépend pas seulement d'un plus ou moins grand degré de misère et de mécontentement mais encore de la foi ou de la confiance que les masses ouvrières ont de la justice et de la nécessité du triomphe de leur cause » (cité par François Muñoz dans Bakounine, la liberté, 1965).
Autrement dit, la conscience de classe ne peut exister sans un objectif commun et libérateur, sans s'incarner dans des luttes collectives, sans outils collectifs pour mener ce combat. Il est indéniable que depuis l'écroulement du mur de Berlin, l'espoir lié au projet – pourtant dévoyé – porté par les partis staliniens est bien mort. Le plus dommageable est que cela a entraîné un recul général de la conscience de classe. Reconstruire celle-ci ne pourra se faire sans un nouveau projet révolutionnaire, en évitant de répéter les erreurs du passé inscrites dans cette conception commune à tous les marxistes, et que Kautsky formula en 1908 dans Les Trois sources du marxisme : « La conscience socialiste d'aujourd'hui ne peut surgir que sur la base d'une profonde connaissance scientifique… Or le porteur de la science n'est pas le prolétariat, mais les intellectuels bourgeois… ainsi donc la conscience socialiste est un élément importé du dehors dans la lutte de classe du prolétariat et non quelque chose qui en surgit spontanément. » Lénine jugea cette idée « profondément juste » dans Que faire ?.
Cette conception a, par glissements successifs, conduit les partis marxistes à confondre la conscience de classe et l'obéissance au Parti. Un désaccord avec le Parti – qu'il soit Parti-État comme en URSS ou parti d'opposition comme en France – conduisait à se placer « en-dehors de la classe ouvrière ». Simple alibi pour étayer le pouvoir et les privilèges d'une minorité dirigeante.
Les anarchistes ont une approche différente : la montée de la conscience de classe chez les travailleuses et les travailleurs naît de la prise de conscience des rapports sociaux de domination et d'exploitation. Elle se développe au cours d'un processus historique où interagissent les expériences de luttes collectives et les débats politiques souvent impulsés par les minorités révolutionnaires. En France, la CGT syndicaliste révolutionnaire du début du XXe siècle, organisation de classe et de masse, autonome par rapport aux classes dominantes et aux institutions du capitalisme, a été le moteur de cette transformation. C'est ce moteur qui est en panne aujourd'hui !
La discussion la plus vive du congrès s'est située autour du droit de vote des Solidaires locaux, qui sont les unions locales ou départementales de Solidaires. L'organisation syndicale s'est en effet construite depuis le début sur l'unique vote des fédérations et syndicats nationaux. Instaurer le droit de vote des Solidaires locaux (en expérimentation depuis le dernier congrès) était donc un pas supplémentaire dans la structuration nationale.
Le vote des solidaires locaux : un point de clivageLe pas n'a pas été franchi, montrant le clivage du fait de l'opposition d'une partie des « fondateurs » de l'ancien Groupe des 10, en premier lieu le Syndicat national des journalistes, le Syndicat national autonome de la Banque de France et une partie du Syndicat national unifié des Impôts.
Finalement, le congrès a décidé de se donner un an pour mettre en œuvre cette décision. On peut néanmoins remarquer sur ce sujet l'implication forte de certaines fédérations, et moins importante de beaucoup de Solidaires locaux. Cela montre que même si leur implantation a augmenté, la maturation, que cela soit en termes de fonctionnement ou de discussion politique, n'est pas aboutie ou en tout cas l'est inégalement. Il est nécessaire d'impulser au niveau local une véritable « démocratie » de décision et de discussions et d'ancrer un fonctionnement interprofessionnel dans les structures de base (syndicats et sections syndicales) pour empêcher la prise en main volontaire ou non de ces solidaires locaux par des « spécialistes ».
Un syndicalisme qui s'interrogeMais c'est aussi la nature même de Solidaires qui a été au cœur des débats. La construction de Solidaires et notamment l'implication des Sud dans celle-ci s'est faite sur une volonté de mettre en place un syndicalisme différent. Pourtant, plusieurs fédérations et Solidaires locaux ont questionné l'orientation actuelle de Solidaires et notamment sur deux points. En tout premier lieu, la signature de l'accord fonction publique sur le dialogue social a été critiquée par plusieurs fédérations, sur la forme, en remettant en question la façon dont avait été prise la décision, et sur le fond, en pointant l'incongruité d'un accord « sur le dialogue social » avec le gouvernement Sarkozy qui continue sa politique de destruction des services publics !
Solidaires s'interroge également sur ses rapports avec les autres organisations syndicales et notamment sur les questions d'unité. Plusieurs fédérations ont ainsi critiqué vivement le suivisme vis-à-vis de la CGT, démonstration de vrais clivages d'appréciation entre fédérations. Or Solidaires ne détient pas toutes les clés. Les dernières manifestations et le nombre décroissant de participants montrent bien que les salarié-e-s attachent une importance à un front commun des organisations syndicales. Un travail est nécessaire envers les militantes et militants des autres confédérations et fédérations qui partagent cette question centrale de l'unité syndicale.
Il en découle également de vraies interrogations sur la stratégie syndicale autour des grèves de vingt-quatre heures et la signature de communiqués communs qui banalisent Solidaires en gommant toute spécificité. Cela remet en avant la question de l'identité de Solidaires et l'idée d'impulser un embryon de réflexion sur la stratégie syndicale. Le congrès de Solidaires a donc été le moment de se retrouver pour l'ensemble de l'Union. Avec une présence forte des solidaires locaux, cela marque probablement un tournant dans le fonctionnement et l'essor de cette union syndicale interprofessionnelle. L'étape des élections prud'homales à la fin de l'année sera aussi le moment de peser l'audience du syndicalisme porté par Solidaires parmi les travailleuses et travailleurs… et avant cela, dans les luttes à mener sur les retraites, le pouvoir d'achat, etc. Solidaires reste depuis sa création un outil qui a permis d'impulser des luttes. Les militantes et militants libertaires investis dans cette organisation syndicale auront leur rôle à jouer pour ré-impulser le syndicalisme de transformation sociale que Solidaires porte depuis ses débuts.
Des militantes et militants syndicalistes d'AL
À Carhaix, petite ville de 8 000 habitants en Bretagne, comme dans de nombreuses zones rurales, l'État a décidé de fermer la maternité et le service de chirurgie. Antoine Perrin (ancien directeur adjoint du cabinet de Roselyne Bachelot), directeur de l'Agence régionale hospitalière de Bretagne (ARH), ferme tout d'abord, puis suspend ces activités à l'hôpital de Carhaix, dès le 6 juin. Cela ne l'empêche pas de souhaiter « permettre à tous un égal accès à une offre de soins de qualité et efficiente ». Mais les habitantes et habitants de Carhaix n'ont pas la même conception de l'égalité des soins que ce méprisant directeur d'ARH. C'est quasiment toute la ville qui, pendant quelques semaines, s'est mobilisée, et a obtenu que soit cassé l'arrêté de suspension des services de maternité et de chirurgie. La chronologie des événements est éloquente :
5 juin : 300 Carhaisiennes et Carhaisiens prennent d'assaut Quimper. Avec un camion de chantier, des manifestants défoncent les grilles de la préfecture. Débordés, les gendarmes mobiles gazent tout ce qui bouge.
6 juin : 5 000 personnes se rassemblent devant l'hôpital de Carhaix.
7 juin : une catapulte (vestige d'une fête historique) est amenée devant les gendarmes mobiles à Quimper, en symbole de la détermination du peuple en lutte. Pendant quelques heures, une bataille rangée bloque le centre ville, œufs pourris contre lacrymos… Six interpellations avec convocation en septembre devant le tribunal correctionnel de Quimper.
20 juin : manifestation régionale à Rennes, avec le soutien de Concarneau, Redon, Brest et des centres hospitaliers rennais, pour un défilé d'environ 600 personnes plutôt calme.
21 juin : à Quimper, 700 personnes, dont des élus, font face aux CRS après le refus des autorités de recevoir une délégation. Selon le Télégramme de Brest, certains élus ont été mis à terre, dont Christian Troadec, le maire de Carhaix. Un manifestant a les doigts arrachés par une grenade lacrymo, un camarade gazé à bout portant a temporairement le visage brûlé. Les forces dites de l'ordre ont gravi un échelon supplémentaire dans la violence.
25-27 juin : au tribunal administratif de Rennes, la plaidoirie de Me Philippe Herrmann convainc le juge des référés d'annuler la suspension des activités chirurgicales, obstétriques et anesthésiques. Les activités reprennent le soir même à l'hôpital. Le député UMP de Carhaix-Châteaulin demande même à Mme Bachelot de ne pas faire appel de cette décision !
La bataille de cette ville est un bel exemple de lutte contre les plans de fermeture d'hôpitaux. Au lieu d'une énième pseudo concertation qui nous explique les soi-disant bienfaits de la future loi « santé et territoires », il faut tenir un véritable débat sur l'avenir de l'hôpital public avec l'ensemble des parties concernées. N'oublions pas que les actionnaires de la Générale de santé ont profité d'un bénéfice de 420 millions d'euros sur le dos de la Sécu grâce au gouvernement, alors que les hôpitaux publics de Redon, Carhaix, Nantes, Rennes, Quimper, etc. sont en difficulté car sous-dotés. La santé n'est pas une marchandise, défendons-là !
Goulven (AL Rennes), le 30-06-08
• Voir www.comitedefensehopitalcarhaix.com
Six mois après la défaite du mouvement pour la défense du régime des retraites, la direction de la SNCF ressort de ses tiroirs le dossier fret. Sous prétexte de faire face à la concurrence, la SNCF accentue une politique qui ne connaît qu'un seul critère : la rentabilité financière. La notion de service public disparaît encore un peu plus. On a vu récemment que cette politique de suppression des transports « non rentables » jetait sur les routes des centaines de camions, et cela alors que médias et gouvernement nous rebattent les oreilles avec le « Grenelle de l'Environnement ». L'avenir de la planète ne concerne manifestement pas la direction de la SNCF.
Le procédé est simple et connu : pour faire face aux autres entreprises de transport, il faut diminuer les coûts, augmenter la productivité, et assouplir la réglementation du travail, le tout dans une perspective de privatisation.
On accentue donc un peu plus la gestion par activités (séparation des différents types de transport, de la gestion des gares, de l'entretien du matériel, des voies, etc.) avec une autonomie croissante du fret, prélude à sa privatisation.
Refus du chantage à la filialisationUn des éléments clés de l'assouplissement de la réglementation du travail a été la proposition de la direction d'une modification du règlement RH 077 (qui cadre les horaires de travail, la durée des repos, le nombre de dimanches travaillés, etc.) pour l'ensemble des agents liés au transport du fret (essentiellement conductrices et aiguilleurs) : taquets repoussés quant à la durée maximum du service, de l'amplitude de travail, diminution du nombre de repos doubles (congés accolés)…
Cette flexibilisation entraîne évidemment une détérioration importante des conditions de travail et le rejet a été massif chez les agentes et les agents concernés. Lors de négociations avec les syndicats, le directeur a clairement annoncé que si ces modifications ne se faisaient pas, le fret courait droit à la filialisation : chantage rejeté par l'ensemble des syndicats qui projetaient alors un appel à la grève fin mai.
Mais, à partir de là, le front syndical a eu bien du mal à rester uni et les fissures n'ont pas tardé à apparaître : à la suite de reculs minimes de la direction, CFDT, Unsa, CFTC et FGAAC (conducteurs autonomes) se sont retirés de l'appel à la grève, et celle-ci a été retardée, en attendant les dernières propositions.
La direction s'est engouffrée dans la faille et, craignant un mouvement de grève important, a reculé sur le projet de modification du règlement RH 077. En prime, pour acheter les dernières réticences des syndicats qui la soutiennent, elle a lâché 200 euros pour toutes et tous les cheminots.
Tout cela reste naturellement très insuffisant puisque le fond du problème persiste : course à la rentabilité, dépeçage progressif de l'entreprise SNCF au profit de futures privatisations, sans compter que ce recul sur la réglementation du travail n'est que provisoire.
Le recul de la direction : une pause bien temporaireCGT, FO et Sud-Rail ont donc appelé à la grève à compter du 10 juin pour la défense du fret. Mais CGT et FO n'ont déposé un préavis que dans les métiers du fret, alors que Sud-Rail a considéré que toutes les catégories de cheminots et de cheminotes étaient concernées par les menaces de privatisation et donc par l'action.
Le recul de la direction, bien que momentané, la prime de 200 euros et la désunion syndicale ont pesé sur la réussite de la grève, et notamment chez les agents de conduite qui étaient au départ les plus mobilisés. Cette grève n'a pas été un échec puisqu'en de nombreux endroits, le pourcentage de grévistes a été important, mais la reconduction a été difficile, et le souci de ne pas envoyer les cheminots dans le mur a fait arrêter ce mouvement au bout de 2 ou 3 jours.
Pour autant, rien n'est définitif : la privatisation du fret ne se fera pas en quelques semaines et il est possible et nécessaire de travailler dès maintenant à reconstruire un mouvement unitaire et déterminé pour l'automne.
AL Rail
Le 14 juin, plusieurs centaines de femmes ont marché dans les quartiers parisiens des Buttes-Chaumont, de Belleville, d'Oberkampf et jusqu'à la rotonde de la place Jean-Jaurès, pendant plus de trois heures pour faire entendre leur voix, exiger leur place dans l'espace public, de jour comme de nuit et dénoncer les violences faites aux femmes, tant dans l'espace public que privé. Florilège de slogans : « L'assassin ne sonne pas, il a les clefs » (la grande majorité des assassinats de femmes sont le fait d'hommes de leur entourage) ; « Quand une femme dit non, c'est non » ; « Dans tous les pays, dans tous les quartiers : liberté de circuler, sans être emmerdées, sans être insultées, sans être agressées ». Mais cette marche contre les violences patriarcales se voulait également anti-capitaliste. Comme le soulignait le texte d'appel : « 98 % des propriétaires des moyens de production dans le monde sont des hommes, alors que 70 % de la production est assurée par des femmes » et anti-sécuritaire : « Nous refusons la récupération de ces violences par les pouvoirs publics et politiques à des fins racistes et de contrôle social, au nom de la sécurité des villes. »
La marche était non mixte. Il ne s'agit pas d'un principe systématique des luttes féministes – l'exclusion des hommes n'est pas un objectif – mais il y a des moments dans la lutte, certaines actions, qui ne peuvent être menés que par les femmes elles-mêmes et elles seules.
Et l'expérience est parlante : il n'est pas beaucoup plus évident de se balader la nuit à 200 qu'avec deux copines ! On se fait mater, siffler, commenter, filmer, par les mecs qui peuplent seuls les rues dès la nuit tombée. Forcément à 200 on réplique plus facilement qu'à trois et aux abords de la manif le ton est monté plus d'une fois, on en est parfois venu aux mains. Dans ces moments-là le slogan « Les femmes dans la rue » s'est vite vu complété d'un « Les hommes à la maison » qui a obtenu les applaudissements de quelques femmes à leurs fenêtres.
À pleins poumonsLes slogans les plus virulents, qui au début de la marche n'étaient guère repris parce qu'ils semblaient à certaines peu judicieux, sont gueulés à plein poumons après qu'un vigile de bar ait gazé la moitié de la manif et qu'un automobiliste ait essayé de nous foncer dessus : « Eh man, si tu frappes une femme, prends garde qu'un jour elle te défonce le crâne ! » Dans le cas de ce dernier, ce sont les pneus qui ont souffert…
La manif avait également une tonalité internationaliste – notamment une référence à la manif de 150 000 Italiennes à Rome le 24 novembre 2007 – et de soutien aux femmes sans papiers : « La violence sur les femmes n'a pas de nation, la solidarité est la seule solution », « Étouffées dans les avions, violées en rétention, sans-papières expulsées, sans-papières assassinées ».
L'organisation en large collectif, regroupant des individues organisées ou non, fait de ce type de manifestation un bon outil ponctuel, à la fois de visibilisation et de motivation. À faire et à refaire toujours plus nombreuses !
Émilie (Paris)
• http://marchedenuit2008.blogspot.com
La peur nous gagne et pourtant la pause estivale arrive, avec son lot de farniente, de coups de soleil, et de décisions gouvernementales… Éducateurs spécialisés, assistants de services sociaux, éducateurs jeunes enfants, nous sommes pris au piège par un décret d'une totale injustice. Le 31 janvier de cette belle année 2008, nos ministres François Fillon, Xavier Bertrand et son amie Valérie Pécresse, dans le cadre de la Loi sur l'égalité des chances (LEC) ont brisé nos formations. Notre présence en tant que stagiaire dans les crèches, les associations, les instituts d'éducation motrice, les centres sociaux, les clubs de préventions, les foyers occupationnels, est compromise. L'État a imposé à l'ensemble des structures privées, déjà sans grandes ressources financières, de nous « gratifier » à hauteur de 398,13 euros par mois, lors de stages de plus de trois mois… Conséquences directes : 87 % de ces établissements sont dans l'incapacité de nous accueillir ; notre formation est en danger. Depuis trois mois, nous nous battons dans l'indifférence médiatique, l'État et ses nébuleuses se renvoient la patate chaude.
21 avril 2008 : la circulaire de la Direction générale de l'action sociale (DGAS), sûre d'elle, renvoie cette responsabilité aux directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass) et aux conseils généraux ; ces derniers, perplexes, ne sont pas tous informés et ne réagissent pas de la même manière. Où est l'égalité territoriale pour les étudiants ? Cerise sur le gâteau : ce décret, inscrit dans la LEC, crée des inégalités entre le secteur privé et le secteur public. En effet, les hôpitaux de jour, les hôpitaux tout court, les maisons départementales de la solidarité et de l'insertion (MDSI), les crèches publiques, les conseils généraux et régionaux… sont déchargés de cette gratification. Enfin, au cœur même des professions du social, l'État divise en mettant de côté certaines formations : les moniteurs éducateurs, les conseillers en économie sociale et familiale, effectuant pourtant un stage de plus de trois mois, ne sont pas concernés par le décret. Quand le garant de nos droits arrêtera-t-il de se désengager ? Quand garantira-t-il les moyens et les fonds nécessaires pour poursuivre notre formation ?
Mademoiselle, Madame, Monsieur, nos jours sont comptés. Il ne nous reste plus que quelques semaines pour trouver un stage validant notre formation. Une nouvelle balle vient encore d'affaiblir ces professions du social. Avec cette lettre, nous tirons la sonnette d'alarme.
• Pour plus d'information sur la lutte : Collectif NRV (Nous restons vigilants) httpp ://collectif-nrv.over-blog.fr
Mardi 2 septembre, plusieurs actions de solidarité avec les prisonniers ont été faites devant les prisons.
Report du procès des manifestants de Fresnes
Au début de l'audience du 3 septembre au tribunal de Créteil, contre 4 personnes poursuivies suite à la manifestation du 2 juillet sous les murs de prison de Fresnes, le juge unique s'est déclaré incompétent. En effet, il a décidé que le délit principal reproché était la « provocation à la destruction de bien public avec mise en danger d'autrui, par le biais d'écrit etc … » (en l'occurrence une banderole accrochée à un grillage mentionnait « Comme à Vincennes … Feu aux prisons »), et que, relevant de la Loi de 1881 sur la presse, il devrait être jugé en collégialité (3 juges).
Une nouvelle date de procès a donc été fixée au 14 octobre 2008 devant la 11e chambre du Tribunal correctionnel de Créteil à 13H30.
Nous reproduisons ci-dessous le texte d'appel à la solidarité, toujours sur les mêmes bases :
A Fresnes comme ailleurs, solidarité ! Dans un monde où les conditions de survie sont toujours plus insupportables, où quelques uns continuent à s'enrichir en exploitant la misère, la prison est un des dispositifs qui garantit la paix sociale lorsque les médiations institutionnelles (syndicats, partis politiques, associations, médias) ou les psychotropes ne suffisent plus. Agissant aussi bien comme menace permanente sur la tête de chacun que comme instrument d'élimination physique et psychologique des plus récalcitrants, elle est le reflet d'une société carcérale où les désirs de liberté n'ont pas de place. L'Etat affine et renforce sans cesse son arsenal de moyens de contrôle et de peines tout en construisant toujours plus de prisons (pour mineurs, pour sans-papiers, pour " fous "...) qui débordent à leur tour. C'est le prix à payer du paradis de la démocratie marchande. Ainsi, la question des prisons est d'abord celle du monde qui les produit : il ne peut pas plus exister de prison décente que de capitalisme à visage humain. Des fugues et des révoltes dans les prisons pour mineurs (Porcheville, Meyzieu...) aux affrontements, saccages ou incendies en centres de rétention, les prisonniers eux-mêmes posent régulièrement la critique en actes de la prison. Après six mois de tensions et de multiples résistances, les détenus ont fait partir en fumée le centre de rétention de Vincennes, démontrant par là même qu'il n'y a de prison qui tienne que celles réduites en cendre. Il n'y a qu'une cervelle de juge ou de flic pour penser que la révolte a besoin d'incitation pour se développer. La solidarité qui s'est manifestée à de nombreuses reprises avec les prisonniers en lutte est aussi pour nous le partage d'un même sentiment de rage contre les différentes cages qui nous enferment au quotidien. Dans cette guerre sociale diffuse où chacun est sommé de se soumettre, voire de participer, à sa propre domination, plusieurs camarades sont emprisonnés sous juridiction antiterroriste, accusés de possession de chlorate, de clous tordus, de manuels de sabotage, de plans de prison ou d'une tentative d'incendie d'un véhicule de police. Le 2 juillet 2008, sous les murs de la prison de Fresnes, un rassemblement est donc venu exprimer une fois de plus cette solidarité avec tous les prisonnier qui refusent de se plier à l'ordre pénitentiaire, et notamment avec Isa et Juan embastillés pour ces affaires-là. Des tracts aux parloirs, des fumigènes et une banderole " Comme à Vincennes... feu aux prisons " sont venus rappeler que les taules ne se réforment pas mais se détruisent. Suite à ce rassemblement, quatre personnes ont été arrêtées et placées en garde à vue pour 48 heures. Leurs appartements ont été perquisitionnés. Elles passeront en jugement le 3 septembre, accusées d'incitation à l'émeute, d' "outrage" et de "port et transport d'artifices non détonants pour des motifs illégitimes" pour l'une d'entre elles, de refus de signalisation (photos et empreintes digitales) et de refus de prélèvement ADN pour toutes. De 2001 à 2007, pas moins de six lois ont élargi les prétextes de fichage génétique, conduisant à près de 30 000 nouveaux prélèvements ADN chaque mois, ce qui porte aujourd'hui à plus de 700 000 le nombre de personnes fichées. Le refuser n'est pas une simple défense face aux prérogatives de l'Etat sur notre corps, c'est aussi concrètement lui enlever des possibilités de contrôle. Cela relève enfin d'un refus plus général de participer à notre propre servitude. Le procès se déroulera le 14 octobre à la 11e chambre du tribunal correctionnel de Créteil à 13h30. Cette journée doit être l'occasion d'exprimer sa solidarité partout et de toutes les manières possibles avec ces quatre camarades, ainsi qu'avec celles et ceux qui, dedans ou dehors, luttent contre le système carcéral, comme les quatre personnes inculpées suite à l'incendie de Vincennes.
Report du procès des manifestants de Fresnes
Au début de l'audience du 3 septembre au tribunal de Créteil, contre 4 personnes poursuivies suite à la manifestation du 2 juillet sous les murs de prison de Fresnes, le juge unique s'est déclaré incompétent. En effet, il a décidé que le délit principal reproché était la « provocation à la destruction de bien public avec mise en danger d'autrui, par le biais d'écrit etc … » (en l'occurrence une banderole accrochée à un grillage mentionnait « Comme à Vincennes … Feu aux prisons »), et que, relevant de la Loi de 1881 sur la presse, il devrait être jugé en collégialité (3 juges).
Une nouvelle date de procès a donc été fixée au 14 octobre 2008 devant la 11e chambre du Tribunal correctionnel de Créteil à 13H30.
Nous reproduisons ci-dessous le texte d'appel à la solidarité, toujours sur les mêmes bases :
A Fresnes comme ailleurs, solidarité ! Dans un monde où les conditions de survie sont toujours plus insupportables, où quelques uns continuent à s'enrichir en exploitant la misère, la prison est un des dispositifs qui garantit la paix sociale lorsque les médiations institutionnelles (syndicats, partis politiques, associations, médias) ou les psychotropes ne suffisent plus. Agissant aussi bien comme menace permanente sur la tête de chacun que comme instrument d'élimination physique et psychologique des plus récalcitrants, elle est le reflet d'une société carcérale où les désirs de liberté n'ont pas de place. L'Etat affine et renforce sans cesse son arsenal de moyens de contrôle et de peines tout en construisant toujours plus de prisons (pour mineurs, pour sans-papiers, pour " fous "...) qui débordent à leur tour. C'est le prix à p